Peintre de formation (diplômée de l’école nationale supérieure des Beaux-arts de Paris en 1993), graphiste de profession depuis une quinzaine d’années. Je m’installe en 2012 aux Ateliers de l’Usine à Poët-Laval, Pays de Dieulefit. En parallèle, je redonne vie à ma toute première passion, le dessin de nu d’après modèle vivant.

Encre et papier s’affrontent. L’une fuit, l’autre retient. Je travaille grandeur nature, dans l’instant et l’urgence de la pose courte du modèle vivant. Mes dessins m’interrogent sur la fragilité de l’existence, la chute, l’accident, le lien, ce qui nous échappe, nous poursuit, comme si la mémoire était soudainement dessinée, une sorte de deuxième ombre.

L’installation Nus en suspension, composée de dessins alternant moyens et grands formats, chacun suspendu en recto-verso par un fil central moteur d’une rotation naturelle, permet au visiteur de se perdre dans cette multitude de corps lévitant entre l’attraction terrestre et l’attraction céleste...


TRAINED A PAINTER (Graduated from the Paris School of Fine Art in 1993),professional  graphic artist forthe last twenty years. In 2012, I set up a studio in the Ateliers de l’Usine inLe Poet-Laval, near Dieulefit. At the same time, I returned to my firstpassion, life drawing from the model.

INK AND PAPER - A DUEL. One runs, the other holds tight. I work lifesize, in the moment and with the immediacy of short poses with life models. Mydrawings make me question the fragility of existence, falling, accidents,connections, what escapes us, what pursues us, as if memory had suddenly beendrawn, a sort of second shadow.

THE INSTALLATION SUSPENDED NUDES, composed of drawings in medium and large format,each one is two-sided, hung on a central wire and rotating naturally, allowingvisitors to lose themselves in this multitude of bodies oscillating between thepull of the earth and the pull of the heavens…


J’aime laisser courir mon crayon sur la feuille. Plus elle est grande, plus la sensation est grande. Sorte de plongeon dans le néant, guidé par le trait. Laisser le poids de mon corps traverser le format, et déposer l’empreinte de la craie. Puis cette eau, rivière, celle que je pose d’un geste. Une source jaillit du pinceau gorgé d’eau. Modeler le dessin en le lavant. Silence. Electricité de l’échange avec le modèle. Saisir ce sentiment qui soudain peut disparaître. L’autoriser à sortir du corps, le prolonger. Sorte d’écriture de l’âme. Bercer le trait de sa respiration, suivre la sueur perler et glisser depuis l’aisselle et se frayer un chemin le long du buste, comme pour m’en révéler les courbes. Raconter sa chair, hachurer, presser nerveusement la craie grasse, noircir. Les pensées sortent, coulent, glissent, emportent tout sur leur chemin comme les crues, ravinent le relief, retournent à la terre. Quelles forces y a-t-il dans ce sol pour tirer aussi puissamment ces fils ? Le papier retient. Vivant, il boit sans cesse. Il gonfle, se tord et devient relief. Il faut l’emprisonner de kraft gommé pour laisser libre le chemin de l’encre. Ne pas dévier sa route.Debout devant mon chevalet, je bascule tête en bas, tête en haut, ivresse du flottement, apesanteur, attente, néant.La chair suspendue dans sa chute.Et la fatalité prend posture.Mais quelle est alors cette force qui retient le corps dans cette course vers l’abîme ? Des liens des liens des liens...Déchets ou racines? Apaisant flottement. Douceur de l’abandon.Combien de temps a passé ? Lichen, mousse, écorce, terres d’ocres, cendre, charbon, oxydes... Le corps est fossile. 

Lisa Renberg


I like letting my pencil run over the paper. The largerthe sheet, the stronger the sensation. A sort of dive into the void, guided bythe line. I leave marks on the surface following the weight of my body as itmoves. Then here is water, a river, created with a single movement. A fountaingushes from the paint brush loaded with water. Shape the drawing, washing it the while. Silence. An electric charge between me and themodel. Grab this sensation which can so quickly disappear. Allow it, as itemanates from the body, prolong it. A kind of soul writing. Cradle the line ofher breath, follow the sweat as it pearls and slides from her armpit and find myway along her upper body, as if revealing its curves to myself. Tell the storyof her flesh, cross-hatch, press nervously on the oil pastel, shade. Thoughtscome up, flow, slide, carry all before them in their path like a flood, carveout a relief, return to the earth. What forces in this ground can be pullingthese threads so strongly? The paper holds firm. A living thing, it drinks unceasingly.It expands, twists and becomes a relief. It has to be imprisoned with gummedpaper so that the ink can flow freely. Not deviate from its  path. Standing in front of my easel, I lean oversideways, head down, straighten up, am drunk with dizziness, weightlessness,expectation, nothingness. Flesh suspended in its fall. And fate takes a stand. But what is this force holding the body backfrom its rush towards the abyss? Connections connections connections… Rubbish or roots? Soothing dizziness. Gentle abandon. How much time has gone past?Lichen, moss, bark, ochre, ash, coal,oxides… The body is a fossil.

Lisa Renberg


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